AEOC : L’association des étudiants d’origines caribéennes

Créée par des étudiants caribéens de l’Université de Québec à Montréal (UQÀM), l’AEOC (Association des étudiants d’origine caribéenne) est une association étudiante œuvrant à aider les étudiants antillais s’installant à Montréal tout en mettant en place des activités d’immersion culturelle. Nous interrogeons trois membres de l’association quant à leur parcours et l’engagement qu’ils portent au travers de l’AEOC.

Opaline Poullet, 22 ans, responsable communication de l’association, « Je me suis inscrite pour nourrir un réseau de personnes expatriées. En ce moment, les Antillais émigrant à Montréal sont jeunes et n’ont pas nécessairement conscience de leur culture. C’est donc un moyen de les reconnecter avec eux-mêmes, à leur histoire, mais également d’initier un dialogue avec les autres communautés. »

Khalil CHAAR, 22 ans, originaire de la Guadeloupe et du Liban. Président de l’association. Étudiant en mathématiques. À participer à la reprise de l’association avec les anciennes présidentes Laura, Noémie et Axelle.

Sabine Castendet, vice-présidente de l’association qui s’y engage pour  « Faire rayonner mon pays et me connaître moi-même. C’est ce que nous faisons avec l’association, on essaye de donner un bagage culturel que l’éducation française ne permet pas. Je veux me dire que je n’ai pas de limites par rapport à ce que je peux faire dans l’association. »


Questions/Réponses

Qu’est-ce que l’association ?

(SC) L’association des étudiants d’origine caribéenne de l’UQAM c’est pouvoir mettre en valeur les entrepreneurs caribéens et personnes qui créent une valeur ajoutée. À travers les réseaux sociaux, pas mal de personnes nous suivent et ont fait la promotion de réseaux professionnels, de personnes engagées. Il s’agit aussi d’aider les nouveaux venus.  En matière d’activités, en fait, nous mettons en place des ateliers récréatifs (soirées jeux, des tournois de dominos), et en nous engageant contre l’obésité nous avons conclu un partenariat avec une salle de sports montée par une Guadeloupéenne (Alphashape). Ils nous permettent par exemple donné des conseils au niveau de notre alimentation. Nous travaillons aussi à l’acceptation des femmes noires :  d’ailleurs nous avons mis en place l’activité « Mes boucles, mon problème », grâce au salon d’une entrepreneuse martiniquaise.

Atelier maré-tèt avec l’entreprie Help a Sister Out

(KC) Du point de vue sportif nous avons participé à la coupe du monde « ligue 1 » en représentant l’équipe caribéenne. Puis nous avons mis en place un «  chanté nwèl » pour lequel nous avons cuisiné 1000 pâtés, 200 poulets, etc.

 (SC) Certains de nos membres réalisent des projets plus personnels dans le cas de Candice qui a réalisé une exposition de photos de visages créoles.

Pour revenir à la question de l’acceptation de la femme noire, nous avons aussi fait une activité Maré tèt. C’était l’une des activités où on a eu le plus de monde.

(KC) Nous avons été partenaires de l’organisation d’une prestation avec Benzo (Benjamin Maurice) qui est un conteur guadeloupéen. On nous contacte souvent pour avoir des partenariats.

Parvenez-vous à trouver des partenaires prêts à vous suivre dans vos projets ?

(SC) En matière de partenaires, nous n’avons pas de mal, beaucoup nous contactent. Même les associations les plus anciennes ont la volonté d’intégrer les jeunes dans leurs activités. Par exemple le Comité martiniquais du tourisme (CMT) nous a envoyé des offres de poste d’ambassadeur de l’île durant leur campagne de recrutement. Nous avons vraiment des partenaires à tous les niveaux. Le journal de l’UQÀM nous a d’ailleurs interviewés à propos de nos activités, comme celles destinées à l’acceptation de soi notamment autour du retour aux cheveux naturels.

(OP) Je dirais qu’il y a de plus en plus d’organismes culturels qui cherchent à toucher davantage de publics et c’est pour cela que notre association les intéresse. Nous sommes nombreux et les gens réagissent plutôt bien à ce que nous proposons.

(KC) Nous n’avons pas de mal à recruter du monde, mais il faut reconnaître que ce qui intéresse davantage ce sont les évènements plus festifs genre Chanté Nwel, etc.  Maintenant cela ne fait que quelques mois que nous avons été reconnus par l’UQAM, ce qui nous permet de mettre des affiches de nos évènements dans l’université.  Avant c’était surtout du bouche-à-oreille, nous visons plus large à présent.

Vous semblez souligner l’intérêt porté par les étudiants antillais pour leur identité au Canada qui cherchent à se rapprocher de leur culture. Vous êtes-vous rendu compte de votre « antillanité » à Montréal ? Comment cela s’est manifesté ?

(SC) Eh bien pour moi cela s’est fait indépendamment de l’association. La première chose que les gens te demandent quand tu arrives ici est ton origine. Moi je dis que je suis martiniquaise. Rien que ça, ça veut tout dire. Oui je suis française, mais j’ai une culture qui est super métissée et j’en suis fière. À travers l’association j’ai pu me faire des amis qui ont d’autres origines et qui m’ont fait des remarques comme : « votre culture est haute en couleur, elle est vraiment différente ». Et puis il n’y a pas que notre association, il y en a d’autres comme celles des Latino-Américains, quand tu es loin de chez toi tu commences véritablement à te connaître.

« […] quand tu es loin de chez toi tu commences véritablement à te connaître. »

Sabine Castendet

(OP) C’est vrai que la notion de l’identitaire a tendance à être questionnée fasse à l’altérité. J’y ai beaucoup assisté lorsque je suis arrivée ici. Je me sentais déjà en contact avec mon histoire de par le fait que je lisais beaucoup petite.  À Montréal, j’ai été témoin de pas mal de situations de jeunes qui se cherchaient, désireux d’approfondir leur narration. Je me suis dit qu’il était nécessaire de m’engager, d’aider comme je le peux, surtout dans un pays au sein duquel notre culture n’est pas encore représentée.

(KC) Je rejoins Opaline, c’est en étant étranger que l’on comprend des choses que l’on ne comprenait pas précédemment. Notamment les gens qui ont une culture proche de la nôtre.

Votre association s’appelle l’Association des étudiants d’origine caribéenne, quels sont vos liens avec les autres Caribéens ?

(KC) Il est vrai que la plupart de nos membres sont martiniquais et guadeloupéens avec quelques Guyanais. Mais il y a quelque chose que les gens ignorent c’est qu’il y a une grande communauté haïtienne à Montréal. Dès qu’ils ont entendu parler de notre association, ils sont venus nous contacter. Peut-être qu’aux Antilles la vision que certains ont de la communauté haïtienne est négative, mais ici j’ai déconstruit beaucoup de préjugés. Les Haïtiens de Montréal représentent la majeure partie de nos membres mis à part les Martiniquais et les Guadeloupéens. Ce sont souvent des gens qui sont nés à Montréal et dès qu’ils ont la possibilité de se rattacher à quelque chose de leur culture d’origine ils la saisissent et la partagent avec nous. Entre autres, il y a des associations d’autres universités anglophones comme McGill, Concordia avec des Africains, Jamaïcains, des Trinidadiens, etc. Et puis il y a aussi les autres associations caribéennes de l’UQAM et de l’UDeM. Il y a ici moyen de dessiner des liens historiques entre nos communautés à plus grande échelle. Sinon il y a aussi l’association d’Amérique latine, l’association des musulmans de l’UQÀM… Notre public est très diversifié.

(SC) Il est vrai que si à l’origine je ne cherchais pas plus que ça à rentrer en contact avec des Caribéens, ici au-delà des îles nous sommes surtout Caribéens. Notre culture est proche de la leur.

Comment vous sentez-vous en tant que jeunes caribéens à Montréal ? Pensez-vous que ce rassemblement entre membres d’une même communauté puisse attirer des regards réprobateurs sur vous ?

(SC) Ce n’est pas mal vu, lors des entretiens les entrepreneurs nous demandent ce que l’on fait. Ici ils le voient comme un engagement, nous ne sommes pas fermés. Nous voulons tisser des liens avec d’autres associations et universités si on nous le propose.

(KC) Il faut aussi savoir que Montréal est une grande ville, ouverte et très cosmopolite avec une forte communauté étudiante. Il y a des gens issus de partout dans le monde. Je trouve qu’il est naturel de chercher une certaine stabilité en se rapprochant des gens issus de sa culture.

(OP) Je resterais dans la même idée, à savoir que l’immigration joue un rôle énorme dans le fonctionnement et le dynamisme de Montréal. Nous ne nous rassemblons pas dans une optique de sectarisme, mais plutôt d’apprendre à définir nos propres enjeux afin de les partager. Nous cherchons à en apprendre davantage sur nous pour pouvoir en parler.

Pensez-vous que votre engagement pour les diverses causes que vous défendez soit facilité par le milieu dans lequel vous évoluez ?

(OP) Tout à fait, Montréal est une ville qui passe pour s’engager politiquement, être propre et verte. C’est une ville très axée sur l’écologie ainsi que l’université. C’est pour cela que nous avons marché pour le climat. Les gens ne se sont pas demandé si l’écologie était importante ou non, ils y sont juste allés. Concernant les causes noires, les Antilles faisant partie de la communauté noire cela nous parlait.

(KC) D’une manière générale, l’UQAM est une université très engagée, qu’il s’agisse de causes culturelles, environnementales, contre le racisme, contre les expulsions de migrants, pour le droit des femmes, etc. Quand on voit des étudiants comme nous participer à ce genre de manifestations, je pense que sans le savoir on voit ça positivement et dans un coin de nos têtes on se dit « pourquoi pas nous ? ». Quand nous avons participé à la marche pour le climat nous avons senti que cela rentrait en résonance avec les problèmes que rencontrent les Antilles notamment le chlordécone. C’est un mouvement que l’on suit et que l’on est fier de suivre.

(SC) C’est un « mood » générateur, on veut se démarquer, apporter une valeur ajoutée. Même par rapport à nos études en tant qu’étudiants étrangers notre objectif n’est pas d’avoir la moyenne, mais faire la différence, chercher le 20. Nous ne sommes pas juste là pour être là.

Une expérience marquante ?

(KC) Moi ça serait le « chanté nwel » de l’an dernier, on a fait ça dans une résidence universitaire. La soirée se terminait à 3 heures du matin nous étions tous là entrain de chanter et danser. Vers 2 heures du matin, la police est arrivée pour nous demander de baisser le son, mais la fête a continué pendant encore une heure. Nous nous sommes retrouvés à chanter en chuchotant et j’ai beaucoup aimé le fait que tout le monde soit là cherchant à prolonger le moment tout en restant respectueux.

(SC) Moi ça serait de faire le comparatif entre deux moments ;  l’an dernier et cette année pour montrer que nos efforts en ont valu la peine.  C’est le moment des élections. L’année dernière nous étions une dizaine, ce n’était pas vraiment des élections. Cette fois-ci on a eu une quarantaine de personnes qui y ont pris part. C’est dans ces moments que tu te dis « Voilà tu t’es engagé voici les résultats. » Moi j’étais fière.

Pensez-vous revenir aux Antilles ?

(OP) Je reviendrai tôt ou tard, mais avec un projet et après avoir découvert d’autres pays.

(KC) Je pense qu’il me reste encore des choses à découvrir à Montréal. Je veux avoir un projet précis pour revenir.

(SC) Je suis leur avis.

Mot de la fin :

(OP) Quelque soient vos choix, ça ne sera pas facile. Mettez-y du cœur, n’essayez pas d’oublier d’où vous venez parce que cela vous rattrapera tôt ou tard. On ne peut pas avancer sans savoir d’où l’on vient.

(KC) Ne restez pas sur ce que vous savez et cherchez à toujours plus ouvrir votre esprit que vous voyagiez ou non.

(SC) Je dirais qu’il faut s’engager. Ne pas simplement rester enfermé dans sa vie d’étudiant et s’imprégner d’un projet.

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