De l’ONU au bio, c’est Ta Nou

Ayanna Mouflet est une Martiniquaise d’une vingtaine d’années. Elle grandit dans les cités HLM Ozanam à Schoelcher ce qui ne l’empêche pas d’intégrer de prestigieuses écoles telles que Sciences Po Toulouse et l’Ecole Normale Supérieure de Paris.

Durant ses années de formation, Ayanna travaille pour la Ligue argentine des droits de l’Homme au sein de laquelle elle rédige des plaidoyers dans le cadre de jugements de criminels de la dictature. Son besoin constant d’agir sur le réel la pousse à s’intéresser à février 2009 et aux moyens d’influencer la vie dans son pays. En 2015, la Martiniquaise observe sur place la réforme agraire en faveur des agriculteurs du « Mouvement des sans terres », menée par le gouvernement de Lula. L’une des expériences fondatrices de son engagement en faveur de la justice sociale et de l’écologie.

Finissant sa formation en 2016, elle choisit de travailler dans les services de lUNFPA, institution onusienne en Éthiopie. Si l’expérience fut courte, elle fut toute foi riche en instruction, car au style de vie luxueux des fonctionnaires répondait la misère des populations qu’ils étaient censés aider. Ayanna change alors radicalement de parcours et intègre le Mouvement Colibris de Pierre Rabhi.

En 2017, revenue en Martinique, la jeune femme crée Ta Nou avec l’aide du réseau Cols verts avec lequel elle entend bien participer à créer un modèle de développement strictement endogène. Agro-écologie, permaculture, circuit court, telles sont les armes avec lesquelles Ta Nou et des agriculteurs engagés travaillent à rentre accessible le bio au plus grand nombre. En décembre 2019, Ta nou remporte l’appel à projets PAT (Projet alimentaire territorial) en partenariat avec la mairie du Prêcheur. Objectif : mettre la production agricole préchotine dans les assiettes des élèves de la commune.



Questions/Réponses


Pourquoi devrions-nous avoir confiance dans les produits bio ?


Pour être bio, il faut avoir été soumis à une analyse des sols, une chose qui n’est pas conventionnelle. Dans un contexte de pollution au chlordécone, quand ton sol est pollué, les seules choses que tu puisses produire sont des produits non sensibles. Des fruits et ce genre de choses. Le label AB garantit que le produit ne contienne ni chlordécone ni d’autres pesticides type glyphosate utilisé ici.


Comment fonctionne Ta NOU ?


L’idée est d’être un intermédiaire entre l’agriculteur bio qui veut commercialiser ses produits et le consommateur. On se positionne comme une alternative à la grande distribution. Le producteur est celui qui fixe le prix, il n’y a pas de rapport de force comme dans les circuits traditionnels. Nous cherchons à démocratiser l’accès au bio en permettant aux personnes qui n’ont pas accès aux marchés, parce qu’ils vivent en HLM ou parce qu’ils n’ont pas le temps, afin que ce ne soit pas toujours les mêmes personnes qui profitent des produits de qualité. Sur ce point avec nos livraisons à domicile on est meilleurs que McDo sans pour autant faire du McDo.

Comment démocratiser la consommation de produits bio en les rendant accessibles aux
populations moins aisées ?


À terme notre idée est de créer des paniers alimentaires solidaires pour des bénéficiaires spécifiques. Mais pour le moment nous nous concentrons sur la vente des produits en ligne. Pour le dire de manière assez cash, la grande distribution prend des marges de 75% pour son fonctionnement. On est sur 40%. Ce qui permet d’avoir des prix qui ne sont pas élevés et toujours sans rapport de force avec l’agriculteur. L’agriculteur fixe son prix et nous sommes de simple intermédiaire. Ce sont les prix qui sont affichés sur le site.

« Pour le dire de manière assez cash,la grande distribution prend des marges de 75% pour son fonctionnement. On est sur 40%. »


Quel est l’état du marché du bio en Martinique ?


La production bio n’est pas suffisante pour répondre à la demande croissante. Il y a un besoin de structuration de la filière d’un point de vue technique notamment et en aidant les jeunes à s’installer. Il faudrait développer une structure d’accueil et d’accompagnement des agriculteurs bio. En ce moment il y a un taux d’échec assez élevé de personne souhaitant s’installer. C’est notamment du par un manque d’accompagnement et des lenteurs à obtenir certaines aides. Des aides qui peuvent prendre des années arrivées. C’est ce sur quoi nous travaillons en accompagnant cinq porteurs de projet pour le moment.


Existe-t-il des connexions entre les différents acteurs du bio. Vous connaissez vous tous ?


Certains acteurs se rencontrent parce qu’ils partagent une même philosophie, comme nous avec le jardin de Trennelle par exemple. Maintenant dans le monde de l’alternative nous sommes parfois sur des systèmes similaires, mais des philosophies différentes. Par exemple à Ta nou, nous sommes très rigoureux sur la labélisation et la transparence avec des certificats bio. Nous cherchons à répondre aux problématiques locales en pénétrant le tissu socio-économique de l’île, comme dans le cas du chlordécone.

Notre objectif n’est pas de juste vendre des paniers. D’autres acteurs sur le marché sont davantage dans la communication autour du bio même-ci ils commercialisent à la fois des produits bio et des produits qui ne le sont pas. Bio et naturel ne sont pas la même chose. Sachant que certains de ces produits peuvent contenir du chlordécone je trouve que ce n’est pas correct vis-à-vis de la population. Ce sont des philosophies différentes. Pour s’assurer de la qualité du produit, il faut toujours pouvoir se référer à un certificat qui atteste que le produit est bio. Tous nos certificats sont sur le site.

« Pour s’assurer de la qualité du produit, il faut toujours pouvoir se référer à un certificat qui atteste que le produit est bio. »

Que proposerais-tu pour améliorer la situation ?


Je repèrerais toutes les terres en friche, les ferait analyser et je les mettrais à disposition pour l’agriculture bio. Une autre mesure serait de créer de petites unités de transformation pour les agriculteurs qui souhaiteraient faire des jus péyi par exemple. Un peu sur le modèle des fablab, mais qui ne soient pas des lieux qui individuellement reviennent cher. En faire des lieux de création. Et puis une mesure qui reprend ce que l’on fait à Ta Nou, la création d’un parcours pour aider les porteurs de projet agricole. Aussi bien en termes d’entrepreneuriat, qui explique comment devenir un entrepreneur agricole, que sur un volet technique. Enfin la création d’une structure dédiée à la levée de fonds européens dans le domaine agricole bio. Une chose que les grands propriétaires terriens arrivent à faire sur la banane avec un volet lobbying européen. Cela demande une réorganisation parce que la plupart des fonds ne vont pas aux petites exploitations qui constituent l’essentiel du bio.


Le mot de la fin


Il nous faut réfléchir à des façons de vivre et de consommer qui ne soient pas forcément calquées sur les modèles occidentaux. Il nous faut nous tourner vers les alternatives existantes et si besoin en créer. Que l’on devienne soit même entrepreneur ou en tant que simple citoyen. Il faut se penser en Antillais capable d’avoir un modèle de développement différent de ce qui nous a été inculqué par l’occident.

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