Santé en Martinique : Urgence du retour aux pays des jeunes médecins

Entretien avec José-Luis BARNAY, Syndicat des Médecins de la Martinique (SMMq)

À l’instar des jeunes bacheliers qui chaque année sont près de 3000 à quitter la Martinique pour poursuivre leurs études, les néo médecins martiniquais piétinent à revenir au pays. Dans un contexte de crise aiguë des déserts médicaux sur l’île et de la dégradation des conditions de travail un chef de service (SMMq) au Centre Hospitalier Universitaire appel nos jeunes médecins à revenir dynamiser le secteur médical.

« Notre objectif est de faire revenir les Antillais qui sont formés localement car actuellement la moitié d’entre eux ne reviennent pas travailler aux Antilles. »

Quel est l’intérêt de faire revenir des médecins antillais aux Antilles ?

Les Antillais qui reviennent aux Antilles vont développer le secteur de manière durable. Cela permet de limiter des phénomènes comme le « turn over » important de médecins qui viennent ici pour des durées limitées et qui ne s’investissent pas véritablement en Martinique. Des médecins antillais seront davantage enclins à s’engager dans la vie publique : les syndicats, les travaux avec les ARS et autres associations pour contribuer à l’effort de développement. Bien évidemment il ne faut oublier qu’il y a de jeunes médecins français qui s’engagent eux aussi. Tous ceux qui font le choix de s’installer et de s’investir dans la Santé aux Antilles, font des choix courageux. Malheureusement s’ils font le choix de s’en aller ce sont parfois des filières de soin entières qui s’effondrent.

Cela permettrait de lutter contre les déserts médicaux et de créer des opportunités. Il s’agit de pratiquer de la médecine de haut niveau en lien avec les problématiques locales notamment sur le plan culturel ou en rapport avec la biodiversité ou les aléas climatiques. Ce sont également des opportunités de recherches à saisir. Sur la création de traitement de certaines maladies, il est nécessaire d’avoir vécu une épidémie comme dans les cas de la Dengue, du Chikungunya ou plus récemment du Zika. Travailler sur les terrains, voir comment les patients réagissent tout en prenant en compte l’aspect culturel.

Soigner une personne c’est aussi prendre en considération ses émotions, ses croyances, sa langue et son vécu aux quotidiens, on ne soigne personne avec une simple ordonnance il faut que les gens adhèrent au soin et au soignant. C’est pour cela que les modèles qui visent à importer des gens ne sont pas durable, s’il n’y a pas une démarche globale d’intégration et d’accompagnement. Il s’agit de ne plus faire une médecine française en Outre-mer, mais de faire une médecine française en phase avec les caraïbes.

À ce titre comment entant que médecins vous positionnez-vous vis-à-vis de la venue de médecins cubains en Martinique ?

Cela n’a rien de vraiment nouveau, des médecins haïtiens et africains sont déjà nombreux. Maintenant faciliter les échanges avec nos collègues caribéens est une solution qui se veut ponctuel pour résoudre un problème actuel mais qui n’a une valeur durable que dans la coopération. Il s’agit d’envisager plus de coopération mais en faisant revenir les jeunes, cela demeure un essentiel qui permettrait de résoudre bien des problèmes.

Il nous faut une base solide pour nous permettre de travailler avec d’autres professionnels Caribéens (par uniquement cubains) et d’avancer. Nous pourrions permettre à des universitaires d’apprendre la médecine en lien avec notre environnement, la gestion de crises durant une épidémie d’arbovirose, un tremblement de terre etc. Cela, nous pouvons vous l’apprendre. Mais héritier d’un système structurellement déficitaire nous sommes dans une demande permanente de remise à niveau.

Quels facteurs pourrait expliquer cette désaffection des étudiants antillais en médecine ?

Certains facteurs comme les conditions de travail ne contribuent pas à les fixer ici. En revenant il se retrouve dans des hôpitaux qui ne sont pas à la hauteur de ce qu’ils connaissent durant leur externat (dernières années études hors des Antilles). Il faut aussi savoir que nous sommes dans des hôpitaux avec des déficits et que cela s’en ressent dans les capacités d’investissement. Nous avons des difficultés de maintenance et d’approvisionnement, le fond du problème est que les capacités de financement de l’activité de soins aux Antilles ne sont pas à la hauteur de la réalité du coup du soin aux Antilles.

Qu’est-ce qui explique ces difficultés selon vous ?

Il s’agit tout d’abord d’un modèle de financement non adapté, au-delà cela nous disposons de moyens insuffisants pour que cela fonctionne. L’isolement fait que pour la logistique il nous faut plus de zones de stockage, qu’il y aura toujours moins d’investissement de la part des grands groupes pharmaceutiques, qu’il nous faut être davantage prévoyant au sujet des intempéries, de l’usure du matériel qui est beaucoup plus importante, les formations coûtent plus chères etc., c’est un panel d’éléments qui explique cette situation.

Quelles sont les opportunités dont peuvent se saisir les jeunes médecins ?

Il s’agit du développement de la recherche universitaire, de l’élaboration d’une politique de santé territoriale cohérente et porter des actions qui s’inscrivent dans les courts, moyen et long terme. L’ouverture d’un dialogue permettrait déjà de créer du lien entre les différents médecins et les restes de la caraïbe, aller au-delà des différences entre la ville et l’hôpital.

Nous sommes aussi conscients qu’il ne s’agit pas seulement de leur demander de rentrer, mais nous avons aussi la mission de construire des conditions d’accueil, garantissant une qualité de vie au travail qui naturellement permettra que celui qui décide de rentrer ait envie de rester pour développer « le Péyi », pas seulement par « sacrifice » mais bien par envie.

Quelles actions menez-vous dans ce sens ?

Nous avons cette année mis à l’honneur des Lauréats Martiniquais de la première année de médecine avec les « PACES Awards 972 ».  Il s’agissait pour nous de les féliciter mais aussi de saisir l’occasion de leur faire savoir notre attachement à les voir revenir pour construire ensemble l’avenir.

Les Drs Guillaume RENARD et José-Luis BARNAY les deux organisateur de l’événement.

Le succès de cette édition et les retours positifs nous montrent que nous avons l’obligation de créer du lien entre les générations. Il nous faut partager des expériences et libérer le dialogue pour avancer ensemble.

« PACES Awards 972 »
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