Daniella Letal, une martiniquaise engagée dans la coopération caribéenne.

Daniella Letal, jeune martiniquaise de 28 ans, est impliquée depuis plusieurs années dans des projets portant sur la coopération à l’échelle de la Grande Caraïbe. À l’occasion de cette interview, elle revient sur ses missions au Cluster Gat Caraïbe et de son implication totale dans l’organisation du « Caribbean Surpply Chain Event » 2019 qui a eu lieu les 2-3 mai derniers en Martinique. Daniella se décrit volontiers comme une personne dynamique, joviale, curieuse et se passionnant depuis toujours pour les Caraïbes et leurs interconnections.


Questions/ Réponses

D’où te vient cet intérêt pour les Caraïbes ?

Je pense avoir toujours eu cet intérêt pour la région. Mais après mon BTS en 2010, j’ai décidé de prendre une année de césure durant laquelle j’ai travaillé comme accompagnatrice scolaire, ce qui m’a permis d’effectuer plusieurs voyages dans la Caraïbe allant de l’île de Margarita au Venezuela, de la Guadeloupe à Saint-Martin. Des moments très enrichissants où j’ai eu un contact particulier avec les populations et où j’ai découvert les métissages caribéens. Les personnes rencontrées étaient différentes mais en même temps tellement semblables à moi et j’avais l’impression d’être chez moi partout où j’allais.

Juin 2015 : Participants au forum jeune, 19th Conference of Commonwealth Education Ministers (CCEM)

En 2014, ma rencontre avec Cédric Berton, alors président de la junior-entreprise Antilles Développement, m’a donné l’opportunité et la volonté de rencontrer d’autres jeunes qui faisaient des actions dans la région. C’est dans ce contexte que j’ai eu l’honneur de représenter la France à la XIVème Conférence des ministres de l’Éducation du Commonwealth à Nassau aux Bahamas. Les leaders mondiaux avec qui j’ai pu discuter à cette occasion, mais aussi et surtout des jeunes engagés venus de tous les pays du Commonwealth parmi lesquels beaucoup de Caribéens, ont fait naître en moi cette flamme caribéenne et là j’ai pris conscience de l’engagement qu’il fallait prendre pour ma région

Comment as-tu découvert le modèle Cluster et en particulier le Cluster GAT CARAIBES ton employeur actuel ?

Lors de la préparation de mon master en sciences politiques (option « Relations et coopérations internationales et sociétés de la Caraïbe »), j’ai effectué un échange semestriel à l’université des West Indies (UWI) sur le campus de Mona en Jamaïque. C’est durant cette année que j’ai découvert en 2016 le Cluster GAT CARAIBES lors d’un évènement « Touch of France » organisé par l’ambassade de France en Jamaïque. Une délégation de la Caraïbe française faisait partie des invités, je n’ai pas tout de suite compris comment un organisme s’intéressant aux transports et à la logistique pouvait se retrouver dans un tel évènement. Cependant, cela m’a paru évident, comment pouvons-nous avoir une coopération viable, si nous n’avons pas de connectivité ?

Ce n’est qu’en 2018, après mon retour en Martinique que j’ai souhaité m’investir bénévolement pour le Cluster GAT Caraïbes qui plus tard est devenu mon employeur.

Pour reprendre la définition de Michaël Porter, un cluster est « un groupe d’entreprises et d’institutions partageant un même domaine de compétences, proches géographiquement, reliées entre elles et complémentaires ». Ainsi, on retrouve des clusters dans tous les domaines mais ce terme est plus courant dans les pays anglo-saxons. Selon moi, plus les territoires sont petits et plus il paraît essentiel de travailler ensemble

C’est un peu dans ce contexte que le Cluster GAT Caraïbes Logistique et Transports a vu le jour en 2012. Cette association loi 1901, créée en Martinique par son actuelle présidente Sandra Casanova, a pour volonté de fédérer l’ensemble des acteurs économiques privés et publics qui influent sur l’organisation de la Supply Chain « chaine d’approvisionnement » dans la Grande Caraïbe. C’est un outil au service du développement économique de la région, qui a pour but d’optimiser les flux de transports et les activités logistiques.

Mais comme toute association, l’activité est fragile et les financements ne sont pas aisés d’autant plus qu’il faut compter sur un fort investissement personnel de chacun. Il faut fournir beaucoup d’énergies et de don de soi, car on est amené à réaliser beaucoup de déplacements, de rencontres et de mise en relation entre professionnels.

Octobre 2018 : Conseil d’Administration et membres de la Caribbean Shipping Association (CSA)

Peux-tu revenir sur le « Caribbean Surpply Chain Event » ?

Le Cluster GAT CARAIBES avait organisé le premier salon du transport et de la logistique en Martinique. C’est tout naturellement qu’il paraissait important de renouveler l’expérience au regard de cette deuxième édition qui a été renommée « Caribbean Supply Chain Event ».

Nous avons voulu que nos partenaires locaux et internationaux se rencontrent afin de faire émerger de nouveaux projets. Plus de quinze pays ont été représentés (Guatemala, Jamaïque, République Dominicaine, États-Unis, Antigua…) des projets sont actuellement en cours avec d’autres territoires. Cependant, le temps fort de cette édition a été la conférence d’ouverture de notre Keynote speaker originaire du Ghana. Cette année marque la politique mise en place dans ce pays « Comeback to the motherland » qui résonnait avec le « Brain drains » qui touche de nombreux territoires caribéens à des échelles variées.

Comment se déroule concrètement ce genre événements ?

Pour ce qui est du Caribbean Supply Chain Event, le moment était divisé en deux parties. Une partie réservée aux entreprises pour exposer leurs produits et leur savoir-faire et une seconde partie consacrée aux conférences.

Des experts internationaux ont traité de thématiques qui concernaient directement la Grande Caraïbe tel que le transport, les taxes douanières, le développement durable et les enjeux climatiques… Deux soirées furent proposées pour des événements plus festifs durant lesquels les participants pouvaient naturellement tisser des liens.

Nous pouvons noter des éléments positifs suite à cet événement : trois entreprises qui ont signé des accords pour travailler avec d’autres territoires de la caraïbe. Aussi, nous avons été sollicités par la délégation de la République-Dominicaine pour mettre à disposition notre savoir-faire en vue de la prochaine édition qui sera organisée dans ce pays.

Comment cela a-t-il été perçu par le publique Antillais (Martinique-Guadeloupe) ? et quels sont les freins au développement des échanges avec la région ?

Il serait très aisé de lister les freins aux échanges dans la région parce qu’ils sont multiples. Cependant, le plus important est de se focaliser sur ce que l’on a envie de faire et pourquoi ? Aujourd’hui, si l’on souhaite réellement s’ouvrir au reste de la Caraïbe, il faut travailler davantage sur la connectivité de nos territoires, car pour beaucoup de Caribéens, le fait même de venir en Caraïbe française tient presque de l’impossible. Il faut aussi permettre aux individus de se rencontrer si nous voulons tisser une coopération durable, car derrière chaque entreprise et institution il y a avant tout des humains. Même les législations bloquantes peuvent évoluer à partir du moment où il y a la volonté.

Pour répondre à la première question, l’événement a été mieux accueilli à l’étranger. Nombreux sont les pays comme le Brésil ou Cuba qui ont souhaité y participer. Les participants internationaux ont été plus intéressés que les Martiniquais, car c’était un format de conférences payantes et destinées à des

professionnels. De plus, certains n’ont pas conscience de leur place dans cette chaine d’approvisionnement.

Peux-tu maintenant revenir sur tes expériences aux contacts de jeune engagé dans la caraïbe et faire un comparatif avec la situation aux Antilles ?

Bien que nous ayons des jeunes engagés aux Antilles, ceux et celles des autres pays de la Caraïbe le sont généralement plus. C’est-à-dire qu’ils occupent plus de place dans la société et leurs points de vue sont plus écoutés. Leur engagement positif produit un leadership naturel et une énergie qui les anime dans la poursuite de leurs combats parfois même en prenant des risques. Je ressens également chez eux un instinct de survie « si tu ne le fais pas qui le fera à ta place ». Ils ont aussi ce sens de responsabilité envers leur pays.

Le mot de la fin

Il faut prendre conscience de la chance que nous avons de vivre dans cette région, c’est un « bouillon de culture » dans beaucoup de domaines : culinaire, musical, artistique, littéraire… Je pense que la force de notre peuple caribéen est notre métissage, c’est à nous d’exploiter cette richesse. J’encourage aussi les jeunes à s’engager dans ce en quoi il croit et se passionne. Notre région a besoin d’individus engagés dans tous les milieux. N’ayons pas peur de nous rencontrer et d’échanger les uns avec les autres, créant ainsi des opportunités au travers de personnes formidables qui nous transmettrons un mode de fonctionnement différent sur lequel nous pourrons en prendre exemple.

Mais surtout, soyons fiers de ce que nous sommes !

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