Dimitri Derigent, un alumni de la FIFCA engagé dans la promotion de la Martinique au Canada.

Dimitri Derigent, est un martiniquais de 25 ans, Coordinateur en charge de la communication et des relations publiques pour le Comité Martiniquais du Tourisme (CMT) à Montréal. Initialement issu d’une filière scientifique, c’est en post-bac et non sans lien avec ses expériences dans la Caraïbe qu’il se présente au concours de la Filière Intégrée France Caraïbe (FIFCA) (anciennement PFC) en 2013.  Dimitri se décrit comme quelqu’un d’enjoué et de rigoureux. Lui qui a toujours été en contact avec le reste de la région depuis l’enfance, la FIFCA est devenue une évidence pour lui. Diplômé en 2018 de ce programme joint entre l’IEP de Bordeaux, l’Université des Antilles et UWI en Jamaïque, il revient avec nous sur son parcours. 


Questions/ Réponses

Pourquoi avoir voulu intégrer Sciences-Po Bordeaux ? 

J’ai toujours voulu avoir une meilleure connaissance du monde politique. Après être entré en prépa (classe préparatoire littéraire) j’ai présenté les concours des écoles de management et celui de Sciences Po Bordeaux. J’ai découvert les filières intégrées via d’anciens étudiants. La FIFCA, qui valorise ainsi les territoires insulaires caribéens sous l’aspect de la coopération régionale me paraissait très intéressante. 

Peux-tu aborder tes premières expériences professionnelles dans la Caraïbe ? 

J’ai précédemment travaillé en République dominicaine au sein de l’Alliance française à Santiago lors de ma deuxième année de FIFCA. C’était mon premier stage universitaire – et à l’étranger qui plus est – dans lequel j’ai appris à travailler dans un milieu multiculturel, (avec les problématiques que cela suppose) auprès de collègues français, dominicains et haïtiens. Mon stage s’est également déroulé pendant une période politique très tendue du fait du changement de statut rendant illégale la présence des personnes nées en République dominicaine d’haitiens sans papiers. Il fallait faire attention à où nous nous trouvions et à ce que nous disions afin de ne froisser personne. Il s’agissait d’avoir un bon management culturel et contribuer au rayonnement des langue et culture françaises en République dominicaine. 

Que tires-tu de ton année d’études à UWI en Jamaïque lors de la 4e année de la FIFCA ? 

C’était l’année que nous attendions tous avec impatience même si précisément on ne savait pas trop ce à quoi s’attendre. La Jamaïque est surtout connue au travers d’images tels que le cannabis, le reggae et une certaine pauvreté, mais je voulais me faire ma propre idée. À UWI je me suis retrouvé émergé dans un campus à l’américaine avec le fleuron des meilleurs étudiants de la Caraïbe, voire du monde entier.  C’est à ce moment que j’ai compris les enjeux de la Caraïbe anglophone ainsi que les solidarités tissées entre ses différents ressortissants, qu’il s’agisse de grenadiens ou de trinidadiens par exemple et qui en même temps revendiquent leurs cultures respectives. UWI nous permettait de questionner les problématiques du monde contemporain à notre entourage. 

Bob Marley Museum, maison de Bob Marley à Kingston

En plus de la qualité de l’enseignement, nous avons également suivi des cours de sciences politiques, de coopération régionale ou encore de politique étrangère américaine. Concernant ce dernier cours, nous étions en plein dans les élections présidentielles américaines de 2016, ce qui rendait notre apprentissage davantage ludique. Tout est amené pour que nous puissions nous exprimer sur le monde contemporain. 

En matière de difficultés d’intégration ?

Je ne mens pas en disant que la barrière de la langue était un peu visible au départ puisqu’en plus de l’anglais, les Jamaïcains parlent également le patois – qui est l’unique langue de certaines personnes.  En revanche, contrairement à mon expérience dominicaine, j’ai été surpris que la plupart des gens connaissent la Martinique et peuvent même la localiser dans la Caraïbe. Toutefois ils ne comprennent pas forcément que nous ne soyons pas encore dans le même type de coopération qu’ils ont eux avec Trinidad ou encore avec la Barbade. Cette coopération comprend aussi bien les échanges en matière de transport aérien que des échanges institutionnels comme UWI basé sur trois principaux campus (Jamaïque, Trinidad et Barbade). 

Selfie avec la chanteuse de dancehall Spice

En ce qui concerne le coût du voyage en Jamaïque, c’est là où le bât blesse parce qu’il est plus cher de se rendre en Jamaïque depuis la Martinique que depuis Bruxelles ou Francfort par exemple. En matière de trajet j’ai dû faire une escale en Guadeloupe puis passer la nuit à Saint-Martin, changer d’aéroport pour arriver à Kingston pour environ 500 euros. 

D’après ton expérience existe-t-il une distinction entre le fait d’être Antillais et celui d’être Caribéen ? 

Au début je percevais ça comme une différence dans la mesure où pour moi les Antilles ne se limitaient qu’aux îles des petites Antilles. Mais au fur et à mesure des discussions avec mes collègues j’ai fini par inclure les Antilles dans la globalité de la Caraïbe. Mais tout est une question de point de vue. 

Comment as-tu commencé à travailler pour le CMT ? 

Tout a commencé depuis mon double Master 2 à Sciences Po Bordeaux en Gestion des Entreprises et des Organisations et celui en Management International en partenariat avec l’Institut d’Administration des Entreprises (IAE) de Bordeaux. Ce dernier Master m’obligeait à effectuer mon second semestre à l’étranger (échange universitaire et stage). Je suis donc parti faire 4 mois d’études en Erasmus à la Cork Institute of Technology en Irlande. Puis j’ai postulé auprès du Comité Martiniquais du Tourisme à Montréal dans le cadre de mes 4 mois de stage obligatoire pour valider mon double Master 2. 

J’ai choisi le Canada car j’avais toujours voulu y aller depuis la fin du lycée. Je voulais également mélanger les deux pans de ma formation en management et en relations internationales autour de la Caraïbe. Il n’y avait que le CMT au Canada qui pouvait le permettre, et j’y ai obtenu un poste de stagiaire en tant qu’Assistant promotion et communication. 

En quoi consistent tes activités au sein du CMT aujourd’hui ?

Alors j’avais d’abord intégré le CMT en tant que stagiaire en juin 2018 principalement pour soutenir les actions de promotion du CMT au Canada. Nous devions notamment organiser la 11ème édition du festival culinaire Martinique gourmande à Montréal et à Québec ou encore préparer l’échéance de plusieurs salons professionnels et grand public. Suite à mon embauche après mon stage, mes missions sont davantage élargies. Par exemple nous effectuons un travail de lobbying avec les compagnies aériennes qui est en fait l’une des principales missions des bureaux de promotion de destination à l’étranger. Grâce à mon expérience actuelle avec le CMT, j’ai vraiment découvert tout une industrie dont je n’avais au préalable que très peu d’idées, et j’évolue d’autant plus aujourd’hui dans un environnement multinational dynamique et multilingue.  

Réception de la Délégation Martinique Gourmande par Catherine Feuillet, Consule Générale de France à Montréal

L’essentiel de mon travail réside dans le fait de mieux faire connaitre la Martinique aux Canadiens, tout en s’adaptant au calendrier local. Par exemple bientôt il y aura le Grand Prix de Formule 1 du Canada durant lequel nous ferons diffuser un film promotionnel sur la Martinique dans les rues de Montréal. Je m’occupe aussi des communications publique et digitale (sur les réseaux sociaux) ainsi que de la coordination avec nos partenaires (agents de voyage, médias, compagnies aériennes, etc.). 

Quels sont les enjeux du tourisme martiniquais à Montréal ?

Les Canadiens voyagent beaucoup. Par exemple en 2018 ils ont fait plus de dix millions de voyages. Bien que la plupart de ceux-ci soient faits au Canada, ils s’intéressent au « Sud » (Amérique du Sud, Caraïbe). Pour le moment nous avons deux compagnies qui font la liaison en direct avec la Martinique que sont Air Transat (qui effectue des rotations saisonnières) et Air Canada (qui en fait toute l’année). Il y vraiment une clientèle à la fois férue de culture et de gastronomie mais également de paysages. Nous avons par ailleurs des liens historiques avec les Canadiens francophones : certains Acadiens (de la province historique l’Acadie) ont été déportés en Martinique pendant la Guerre de Sept Ans au XVIIIème siècle dans la zone actuellement couverte par le Domaine d’émeraude au Morne-Rouge. Une histoire à laquelle les descendants des Acadiens s’intéressent fortement !  

D’autre part, la Martinique doit reconquérir la pôle position qu’elle occupait il y a 20 ans dans les destinations du Sud préférées des Québécois. Car de nos jours du fait de la montée des formules all-inclusive dans d’autres territoires de la région (dont les Canadiens raffolent car plus sécuritaires à leurs yeux), notre île a quelque peu régressé. Cependant, on remarque un changement d’optique et les Canadiens sont disposés à tester tout type de séjour en Martinique, notamment sur de très longues périodes (ils veulent fuir le froid hivernal !) ce qui est très bien pour nous ! 

Quels sont les atouts de la Martinique vis-à-vis des autres destinations de la région ?

En termes de compétitivité, du fait du lien linguistique entre la Martinique et le Québec nous parvenons à tirer notre épingle du jeu. Nous devons cependant nous démarquer de nos voisins, et en particulier faire la distinction sur le marché Canada de la Guadeloupe, même si elle reste l’île sœur. Il faut également ancrer notre visibilité sur d’autres provinces telle que l’Ontario où des îles comme Sainte-Lucie ou la Jamaïque dominent notamment grâce au travail de leur diaspora présente à Toronto. Je pense qu’il nous faut travailler davantage cela et j’espère par exemple pouvoir un jour voir un vol Toronto vers Fort-de-France se mettre en place.  

Et comment est gérée l’image de marque de la Martinique et que faites-vous en cas d’événements tels que les grèves ou les catastrophes naturelles ?

Nous suivons les directives du CMT au siège en Martinique en rassurant touristes et partenaires au mieux concernant les événements internes à l’île.  Concernant les prévisions de catastrophes naturelles, nous avons également l’aide des communications de la Caribbean Tourism Organization (CTO) dont la Martinique est membre  et qui nous permettent de diffuser les recommandations à prévoir.  

Le mot de la fin

J’encourage les futurs étudiants à réfléchir aux opportunités que leur offrirait la FIFCA et plus largement leur environnent caribéen. Je trouve cela dommage par exemple que nos jeunes martiniquais préféreront effectuer leurs études de médecine à Bruxelles ou en Roumanie alors même que Cuba ou la Jamaïque dispensent des meilleures formations médicales au monde ! Il nous faut valoriser davantage les parcours qui mettent en avant notre bassin, notre culture et notre histoire sans à priori sur nos capacités académiques. Sans la FIFCA je ne serais certainement pas où j’en suis aujourd’hui. 

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