Jénine Shepherd – L’entrepreneuriat novateur visant le développement et l’engagement social

Russell Green, Kingston

Jénine Shepherd est une jeune entrepreneuse et étudiante jamaïcaine en licence de science neurologique et d’économie à Amherst College, Massachusetts, aux États-Unis. Issue du Campion College, Jénine parvient a lier réussite universitaire et engagement social. Déterminée et novatrice, la jeune jamaïcaine se décrit comme une personne tenace, impassible et dédiée à sa famille. Elle revient avec nous sur ses engagements dans le rayonnement international de son pays ainsi que sur la sensibilisation éducative.

Questions/réponses

Comment se décrit-elle

Tu te décris comme une personne tenace mais en même temps tu dis que tu es impassible. Veux-tu expliquer pourquoi ?

Je fais référence au fait que j’en veux toujours davantage et que je suis toujours prête à me dépasser pour atteindre mes objectifs. Je suis devenue impassible suite à un récent accident de voiture qui a failli me coûter la vie. Une autre femme qui était impliquée dans l’accident a succombé à ses blessures. Ça a vraiment changé ma vision de la vie en me concentrant sur l’essentiel. Je ne me prends plus la tête par rapport à l’avis des gens notamment.

Vie académique

Raconte-moi un peu sur ton parcours académique du lycée à la fac.

Source : The Jamaica Observer
http://www.jamaicaobserver.com

J’ai toujours eu de bons résultats scolaires depuis le lycée. J’ai même obtenu l’un des meilleurs 10 résultats pour un examen régional de mathématiques avancées. Au niveau extrascolaire je me suis intéressée aux programmes de sensibilisation et à l’innovation. Durant ma dernière année de lycée, avec des camarades, j’ai participé au Petroleum Corporation of Jamaica Schools Energy Competition (Concours lycéen de l’énergie), où nous avons conçu une pompe à eau fonctionnant à l’énergie solaire. Notre système a été mis en place dans notre lycée avec des moyens plus importants. Nous avons gagné un million de dollars jamaïcains et le système est toujours en usage là-bas.

Amherst College

Après le bac, je suis allée à Amherst Collège, qui m’avait offert une bourse complète. Là-bas, j’ai décidé d’étudier la science neurologique et l’économie, du fait de ma passion pour ces deux secteurs bien qu’il s’agisse des programmes les plus difficiles de l’université ! Dès mon arrivée, je me suis engagée dans l’Association of Amherst Students (L’association des étudiants d’Amherst). Au début, on m’a confié la gestion du comité de dîner, soit la révision des plats et la proposition des changements de l’offre alimentaire et d’infrastructure. J’ai aussi été assignée au comité budgétaire, ce qui m’a donné la responsabilité de surveiller l’allocation de 1,2 million de dollars américains aux divers groupes d’étudiants. En plus, je faisais partie du comité des séances d’orientation pour les étudiants entrants. Je prenais plaisir à participer à l’équipe de travail pour le respect sexuel, où j’ai travaillé pour assurer la création d’un campus plus sécurisé, particulièrement pour les femmes. J’ai aussi agi en tant qu’animatrice et organisatrice d’autres événements ayant lieu sur le campus.

Engagement social

Quels sont les programmes d’aide que tu as pu appuyer à Amherst ?

Il existe un programme qui est destiné aux membres de la communauté d’Amherst College et aussi à ceux du grand public qui ont vécu quelque sorte de traumatisme cérébral, dont les anciens athlètes universitaires et professionnels. Ces personnes contractent souvent l’encéphalopathie traumatique chronique, dû à plusieurs commotions cérébrales, ce qui provoque parfois le développement d’une démence sévère et des changements de personnalité. Notre responsabilité c’est de leur fournir des groupes de soutien entre pairs et des « programmes de copain » (programmes qui établissent un partenariat ou une codépendance entre deux personnes) afin de les aider à traiter le traumatisme et à atténuer l’isolement social causé par leurs symptômes. Ceci exige pas mal de patience et de compréhension, car de temps en temps ils se sentent frustrés puisque leurs capacités mentales tendent à se ralentir et qu’ils ont de grosses pertes de mémoire.

Comment te sens-tu en participant à ces efforts ? Cela participe t-il aux actions que tu mène avec ton ONG ?


Ça m’a fait prendre conscience du vécu de ces personnes. Je pourrais dire que « ça m’a vraiment touchée » mais ça fait longtemps que je travaille avec des groupes vulnérables, notamment à travers mon ONG. Cela est devenu mon quotidien .

Jenine aide un etudiant du programme YFE

J’ai lancé Youths for Excellence (Jeunes pour l’excellence) quand j’avais 17 ans au lycée. J’envisageais de faire quelque chose de signifiant pendant les grandes vacances de cette année-là, comme des cours de soutien pour des écoliers. Je me suis dit que ça ne serait pas suffisant ce qui m’a amenée à penser aux obstacles à leur apprentissage : la faim, une mauvaise santé, des troubles de la vision, le manque de matériel, etc. Ça m’a motivé à me mettre en contact avec des organisations qui pourraient parrainer l’alimentation, la santé (examens médicaux généraux, tests optiques, suivis) et les fournitures scolaires des enfants pour compléter les cours de soutien que nos volontaires et nous-mêmes fournirions. On a aussi essayé d’adapter notre modèle selon les circonstances de chaque étudiant en maintenant le ratio de 3 étudiants pour chaque tuteur. En plus, les cours ont été divisés selon le niveau de chaque étudiant pour mieux les accommoder. Ces cours se déroulaient normalement pendant les grandes vacances et les fêtes de Noël, et duraient 8 heures par jour, 4 jours par semaine. Toutefois, ceux qui avaient besoin d’une aide supplémentaire avec la lecture, l’écriture et les maths gagnaient une heure de plus pour chaque jour de cours.

Actuellement, nous nous efforçons pour organiser un concert de levée de fonds dans un avenir proche. Nous collaborons actuellement avec des experts de ce champ afin de développer un modèle par le biais duquel YFE puisse se convertir en école avec des professionnels bien formés et payés, pas seulement en Jamaïque mais aussi aux Pays-Bas et aux États-Unis. Aux Pays-Bas, je vise à travailler avec les communautés réfugiées, alors qu’en Jamaïque et aux États-Unis, j’envisage de travailler avec des groupes défavorisés.

D’où vient cette passion pour l’engagement social ?

Personnellement, je comprends le sentiment de tout vouloir mais de ne pas tout avoir. Je ne suis pas d’une famille riche. Tout ce que j’ai eu, il m’a fallu travailler très dur pour l’atteindre. Je suis très reconnaissante et privilégiée d’avoir une mère qui a fait beaucoup de sacrifices pour moi afin que je puisse obtenir la meilleure instruction possible. Tout le monde n’a pas les mêmes opportunités sans pour autant que leurs parents aient fait défaut. Il peut s’agir d’un manque de moyens, même s’il est vrai qu’ils sont parfois responsables de ces situations . Il faut offrir des opportunités aux enfants ce qui peut même bénéficier aux parents. Dans mon cas, je suis à Amherst grâce à une bourse d’études complète. Sans cette bourse, je sais que je n’aurais pu payer des études universitaires.

Envisages-tu d’étendre ces efforts à la région caribéenne ? L’intégration régionale fait-elle partie de tes projets ?

Je cherche constamment à améliorer mes projets. J’aimerais que mon travail s’étende à travers le monde. Cependant, il me faut trouver ou développer des modèles testables. En ce moment, j’en cherche un qui marcherait dans les pays caribéens du Commonwealth en commençant par la Jamaïque. Je cherche aussi un modèle qui fonctionne dans l’Union Européenne pour les réfugiés ou encore en Amérique du Nord. Une fois ces modèles testés et acceptés par des experts, j’espère les partager.

Exploits et prix

Comment te sentais-tu au moment de gagner le Prime Minister’s Youth Award for Excellence (Prix d’Excellence pour la Jeunesse du Premier Ministre) ?


Jénine au moment de recevoir le PM Youth Award for Excellence de l’ancien-Ministre de l’Education, Ruel Reid

J’étais très heureuse et je reconnais que c’était sympathique de gagner en notoriété. J’étais plantée dans ma place quand on a appelé mon nom parce que je n’arrivais pas à croire que, de tous les nominés talentueux et créatifs, c’était moi qui ai gagné. Je ne cessais de me demander « pourquoi moi ? » De plus, ça m’a aidée à me regarder différemment, de manière plus positive, car je ne croyais pas que je pourrais réussir de cette façon.

Qu’est-ce que tu considères comme ton plus grand exploit ?

Je dirais que mon plus grand exploit a été de m’améliorer et de m’accepter comme je suis un peu plus chaque jour. Petite, j’avais toujours eu la pression d’être la meilleure, surtout dans une famille qui valorisait beaucoup le succès. Ainsi, j’ai souvent ressenti le fait de ne pas être assez bonne. De toute façon, même s’il me reste des efforts à faire, j’ai commencé à m’accepter davantage.

Futures initiatives

Quels sont tes plans pour le futur ?

En premier lieu, je m’attache à finir ma licence avant de faire une année de césure avant de me dévouer au business. Comme je l’ai dit avant, j’aime l’entrepreneuriat. Ça sera ma principale occupation avant de m’inscrire à la faculté de médecine (aux États-Unis, il faut compléter une licence en un parcours relié à la médecine pour avoir la possibilité d’étudier la médecine). Ça me permettra aussi d’économiser un peu pour les frais de scolarité vu que je ne voudrais pas crouler sous les dettes en raison des lourds prêts étudiants !

En outre, je suis assez intéressée à m’engager dans la politique, parce que je pense que la manière la plus efficace de changer les choses c’est à travers de la politique et la législation. Assumer une position de pouvoir te permet d’apporter des changements à long terme, ce qui est idéal. Évidemment, je ne pense pas me restreindre à un espace géographique en particulier. Donc, pour atteindre mes objectifs pour les Pays-Bas, par exemple, il serait naïf de croire qu’avoir des relais politiques n’est pas essentiel. J’espère un jour en devenir la première ministre de la Jamaïque car je déplore la situation actuelle. La culture politique en Jamaïque est déficiente parce que les gens ont la tendance à se concentrer sur les partis plutôt que sur les objectifs à long terme. A cet égard, même si certains politiciens ont d’excellents plans pour apporter un changement positif à une situation, il y en a toujours ceux qui refusent de voter pour eux car ils représentent un autre partie politique. À mon avis, notre pays irait beaucoup plus loin sans de telles attitudes.

Envisage-tu de revenir en Jamaïque à l’issue de tes études ?

Je voudrais habiter et travailler dans de multiples endroits. Pourtant, en ce moment, j’aimerais tellement rentrer chez moi en Jamaïque ! Toutefois, il se pourrait que je m’intéresse à travailler aux États-Unis ainsi qu’en Jamaïque. Cependant, à vrai dire, c’est facile que plusieurs parlent mal de la Jamaïque et soulignent ses problèmes. J’admets que nous avons des problèmes, mais ce sont des problèmes auxquelles je suis accoutumée et que je peux gérer. Avant de partir de la Jamaïque, je n’ai jamais eu à faire face au racisme. Je ne me considérais pas comme différente avant de partir. Aujourd’hui, étant dans un pays où cela semble être constaté très fréquemment, je doute que je voudrais élever mes enfants, qui seront noirs malgré l’ethnie de leur père, dans un tel environnement. Les problèmes d’estime en soi associés avec ça sont décourageants et je ne souhaite pas ça pour mes enfants.

Évidemment, cela ne veut pas dire que la Jamaïque n’a pas de problèmes. Bien que le racisme, selon moi, soit un problème de moins importance là, la Jamaïque a un gros problème avec le classisme. Cependant, il existe une différence entre les deux : je peux changer de classe mais je ne pourrai jamais changer de race. Il y a aussi le problème du couleurisme, mais je trouve qu’il est éclipsé par le classisme.  Par exemple, il est possible que je sois la personne avec la peau la plus foncée dans une salle, mais la manière dont on me perçoit pourrait s’améliorer si on présume que j’appartiens à une classe socio-économique supérieure ou que je suis fortunée. Enfin, le vrai problème reste la préoccupation sur la quantité d’argent que l’on possède.

L’intégration régionale

Selon toi, est-ce que la Jamaïque fait assez pour échanger culturellement avec les Caraïbes non anglophones ? Sinon, que faut-il faire pour combler ce fossé ?

Non, je ne crois pas que la Jamaïque fasse assez. En fait, je ne crois pas non plus que la Jamaïque essaie vraiment de faire diffuser sa culture ; ça arrive tout simplement ! C’est-à-dire, la diaspora jamaïcaine est énorme. Aux États-Unis seulement, nous sommes 800 000 à peu près, donc notre quantité seulement est assez pour générer cette diffusion culturelle. Je ne pense pas forcément que le gouvernement ait à faire beaucoup pour diffuser la culture grâce à la ‘publicité gratuite’ répandue par la bouche à oreille et la renommée touristique du pays.  En effet, en tant que Jamaïcain très fiers de notre pays, il est normal qu’on partage beaucoup d’information sur le pays avec nos amis étrangers, ce qui leur fait naturellement s’y intéresser. N’ayant pas encore expérimenté la Jamaïque.

Concernant notre interaction avec les cultures des Antilles hispaniques, néerlandaises et françaises, je ne pense pas non plus qu’on s’arrête un moment pour mieux connaître nos voisins linguistiquement différents. Peut-être que ce qui s’en rapproche le plus c’est notre relation avec la Barbade et la Trinidad-et-Tobago, des pays qui parlent déjà la même langue que nous.  Afin de faire un pont entre nous et le reste des Caraïbes, je crois que les chefs d’état des divers pays et territoires caribéens pourraient mettre en place des programmes éducatifs qui incorporent les thèmes associés aux Caraïbes en général.  Ils pourraient aussi établir plus de programmes d’échange entre toutes les universités des Caraïbes dont les crédits pourraient se transférer d’une université à l’autre. En outre, on pourrait organiser plusieurs événements culturels chaque année, des événements qui n’impliquent pas que les pays caribéens du Commonwealth, tels qu’une rencontre annuelle de l’Athlétisme. Ceci créerait une camaraderie et un esprit d’unité parmi les habitants des différents pays et territoires des Caraïbes, ce qui serait essentiel au moment de répondre à des questions globales en tant qu’une région.

Le mot de la fin

Pour tout ce que tu fais dans la vie, sois toi-même et ne t’inquiète pas sur ce que pensent les autres.

Pour plus d’information sur Jénine Shepherd, visitez son site internet officiel

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