Artiste – Designer Graphiste : le parcours d’un étudiant issu du campus caribéen des arts à commissaire d’une exposition.

Silvère Mothmora – Fort-de-France

Arthur Francietta est un jeune martiniquais de 28 ans, artiste dans l’âme. Artiste dans l’âme et Designer-graphiste de formation. Il revient en Martinique avec un message fort à passer.

« Nous sommes là.»


Questions/réponses

Ton parcours ?

J’ai fait le début de mes études, ici, en Martinique. Après le lycée, je suis allé au campus caribéen des arts, où j’ai obtenu l’équivalent d’une licence en école supérieur d’arts visuels, un DNA (Diplôme National d’Art). Ça a duré trois ans. Dans ce parcours, il y avait une partie grandement plastique, où on apprenait des   techniques d’impressions, de reproductions (graphie, gravure, photos, matériaux de synthèse, etc…),   d’illustrations, de graphisme, un peu de numérique digital, et aussi on devait savoir mener un projet avec une problématique dans le graphisme.

Par la suite, j’ai continué  mon cursus à Paris, à l’école Estienne , c’est à dire l’École supérieur des arts et des industries graphiques. C’est là où j’ai effectué un diplôme d’art supérieur appliqué en design typographique. C’est tout ce qui est dessin, création de police de caractère, et aussi une partie composition, édition, design éditorial, les bases de la calligraphie et les bases du dessin de caractère numérisé, vectorisé, travail de lisibilité et des notions de perception. Dans ce cursus sur deux ans j’ai appris à dessiner des polices de caractères, et à améliorer mes notions en mise en page et en édition.

Pour mon diplôme j’ai contacté des linguistes dont leur boulot c’est de permettre à des communautés d’intégrer leur système d’écriture sur un outil informatique ou un smartphone. Ils travaillent aussi à revitaliser, archiver etc….donc j’ai pris contact avec eux, et j’ai travaillé sur une écriture africaine « nigériane », qui est danger, c’est à dire qu’il y a très peu locuteur dans le monde, à peu près une vingtaine, dans un souci de leur créer une police de caractère lisible et respectueuse des formes. Donc c’est ce que j’ai effectué à l’école Estienne. Ensuite j’ai terminé mon cursus à Nancy, dans la même continuité, dans l’atelier national de recherche typographique qui se trouve à l’école des beaux arts de Nancy (ENSA-Nancy) , qui travaille sur des problématiques d’écritures, de lisibilité (lecture sur écran), problématiques de langue, de langage, ou tout ce qui est en rapport au texte, à l’édition, ou encore l’archivage de donnée, soit on respecte soit on amène un nouvel univers, soit on essaye d’avoir une imbrication, une lecture pas que linéaire, mais avec plusieurs entrées. Et j’ai commencé à travailler après. Voilà.

Qu’est ce qui a motivé ce retour en Martinique, après un tel parcours ?

Je vais te l’avouer ce qui a motivé mon retour en Martinique, c’était un besoin, tout simplement un retour aux sources. Je ne me sentais pas forcément très à l’aise quand j’étais à Nancy, créé un réseau, rencontrer des gens, ça allait, mais voilà. En terme de perspective et de projections, j’arrive plus facilement à le faire ici, en tout cas bizarrement quand je me projette ici, j’ai plus d’idées, de vision qui va beaucoup plus loin, en terme de création. Je puise chez moi en fait. Et aussi un besoin d’appliquer et de partager mon apprentissage chez moi, d’insuffler mon parcours en tant que designer-graphiste aux autres. C’est vrai qu’au niveau des graphistes, on critique pas mal ce qui ce fait ici, en terme de visuel et de création visuel au niveau du graphisme. Et m’étant retrouver du côté de ceux qui critique, je me suis dit que si je critique autant, peut-être que je peux revenir et essayer de voir ce que je peux faire moi même, pour porter un regard différent et faire évoluer les regards là-dessus.

Aujourd’hui tu diriges une exposition, dans la galerie 14° N 61° W, qui se trouve à l’espace Camille Darsières ?

Oui, c’est ça. Je suis commissaire de l’exposition « Existence » avec Jérémie Priam, artiste-graphiste, et en collaboration avec deux autres artistes guadeloupéens. Cette exposition est un projet monté avec Jérémie Priam et Caryl Ivrisse Crochemar, propriétaire de la Galerie 14° N 61° W. Avec Jérémie nous avons eu carte blanche sur le commissariat d’exposition. Cette expo reflète un énorme besoin pour nous, la jeune scène artistique, de s’exposer et de s’exprimer. Cela a été l’occasion de rendre compte d’une infime partie de la création contemporaine de jeunes artistes méconnus.

La genèse de tout ça ?

Pour vous raconter l’histoire, avec Jérémie, on est allé dans une galerie, voir une expo, et en visitant cette galerie, je discutais avec Jérémie du galeriste et comment ça fonctionnait une galerie, et de là je me suis dit finalement allons au moins lui parler pour voir comment ça se passe, parce que d’une part je ne connaissais pas le propriétaire et c’était aussi l’occasion au moins de comprendre ce qui se passait en Martinique et les initiatives dont lui était au courant (ce que lui il a fait, et qu’est-ce qui l’a amené a créé une galerie), et du coup nous avons fini par le rencontrer et discuter avec lui. Et nous avons bien apprécié. Par la suite il nous a contacté, et comme il suivait déjà le travail de Jérémie, il nous as proposé ce projet.

Tu peux nous dire quelques mots sur cette exposition, et cette collaboration puisque tu n’es pas seul ?

Déjà en ce qui concerne les artistes qui exposent dans ce projet, on se connaît depuis le
Campus Caraïbéen des Arts. On a soit eu le même parcours, ou soit on était dans la même promo. En gros il y a deux artistes, et deux graphistes, des étudiants sortis des beaux arts et des anciens étudiants sortis du cursus graphisme. Oui ! C’est une exposition qui se déroule durant tout le mois de février, et qui est en deux parties. Alors sur la première partie il y a Jérémie, très bon en illustration, et moi. Et dans la deuxième partie, qui commence à la mi-février Ford Paul et Brice Lautric, qui sont des artistes plasticiens guadeloupéen.

Que des hommes…?

Malheureusement, on aurait bien aimé avoir une femme mais ça n’a pas pu se faire. Nous avons contacté une ancienne étudiante du campus caribéen des arts, mais elle avait d’autre projets.

Que représente ce groupe que vous avez former ? Un objectif ? Y a t-il un message derrière ?

C’est un rassemblement ! Dans l’idée c’est vrai que cet expo aurait pu se faire à deux, mais nous avons voulu partager ce moment. Voilà pour la première question, je crois que c’est un peu de ça. Il y a un constat qu’on a fait ensemble, il y a une école d’art qui produit des artistes qui y sortent, où sont-ils ? Qu’est-ce qu’ils font ? Qui leur donne des opportunités, etc…? Si objectif il y a, c’était de pouvoir se mettre en avant, mettre en avant les autres, et mettre en avant d’autres structures, puisque en mettant en

avant Ford, on met aussi la station culturel avec qui il est en résidence. Partager également avec le plus de monde possible, ce qui nous passionne, ce qui fait en partie ce que nous sommes, ce pourquoi nous avons travailler, étudier pendant quelques années, et qui nous suivra bien après cette exposition, et qui évoluera avec le temps et les expériences… notre art. Mais d’autre part l’objectif également de saisir cette opportunité qui nous a été offerte, et ainsi créé de la visibilité, de la visibilité pour de jeunes artistes. Je ne pense pas qu’il y ait de message particulier… en tout cas si il y en a un il est simple, c’est tout bête mais c’est déjà de dire que nous sommes là. Finalement on produit, et ce serait bien qu’on s’intéresse à ce qu’on fait.

Est ce que tu penses qu’il manque des institutions des ou plates-formes pour vous faire connaître ?

Plus qu’une plate forme il nous faudrait un véritable réseau. Si tu rentres dans un réseau c’est qu’il y a un intérêt commun. Je pense que le centre d’intérêt est là, mais l’intérêt personnel prévaut sur l’intérêt collectif donc du coup ce réseau il a du mal à se faire. Dans l’art, en tout cas dans les arts visuels, il y a plusieurs réseaux, justement, car il y a plusieurs structures, en tout cas il y a 14°N 61°W qui est une galerie, la maison d’artiste 1Oeuf , l’espace Tropiques Atrium, le Campus Caribéen des Arts. Et il n’y a même pas un réseau entre eux, c’est à dire que c’est là les gens se connaissent, il se voient, mais… . Par exemple un étudiant sort du campus, peut-être que pour son diplôme, il aura peut-être une visibilité de deux semaines à tel ou tel établissement ou bien rentrée en résidence et continuer ce qu’il fait…ou encore il pourra être exposé, je ne sais pas, un vrai réseau où on t’amènes… à un vrai maillage

Tu as un avis sur l’art aujourd’hui en Martinique ?

En Martinique, il y a beaucoup d’artistes mais déjà je pense qu’il ne faut pas entrer en guerre avec les artistes amateur, qui n’ont pas eu de formation académique, ne pas leur jeter la pierre. Et je pense que l’émergence d’un réseau qui puisse mettre en relation ces deux catégories apporterait beaucoup à l’un comme à l’autre. Ce qui prédomine c’est la peinture, ce qui est noble en soi, aucun jugement péjoratif là dessus mais à la limite si j’arrive avec mon dessin fait sur feuille au raisin, de ce que j’entends ou de ce que je vois, le dessin aura moins d’impact et moins de valeur que la peinture, parce qu’on est habitué à ce côté peinture de paysage, nature morte.

Il manque plus d’ouverture sur les différentes formes d’art, les différents mouvements, les différentes façons de produire. On peut être artiste et ne pas dessiner et peindre, et du         coup on peut aussi détourner des objets, des installations agencés de façon particulière. Il y a beaucoup à faire à ce niveau là. Ça ne regarde que moi, mais je trouve qu’on est tellement habitué à la peinture et     notamment au dessin, que je pense qu’il faut faire beaucoup plus attention et porter un regard aussi   beaucoup plus précis sur ces formes d’art qu’on a pas l’habitude de voir justement. Et si on veut nourrir, apporter quelque chose de nouveau, il faut peut-être s’intéresser aux nouvelles formes, nouvelles façons dont les artistes créés. Il n’y a pas que les jeunes artistes mais en soi, si on veut du nouveau du neuf, il faut aller vers la nouvelle génération. Il y a de la vidéo, du mapping, l’art digital numérique, du motion, des projections, le landart (l’art dans l’espace)…un peu de 3D aussi. Ben du coup il y a une école de 3D en Martinique, je pense qu’à l’intérieur de cette école il y a des créations qui ce font, et donc il peut y avoir des collaborations, et on peut voir comment on peut amener ça dans une exposition, et ça peut être vachement intéressant.

L’art contemporain ?

L’art contemporain c’est ce qui se fait aujourd’hui. Pour aborder l’art contemporain, il faut se détacher, en tout cas faire l’effort de se détacher de ce qu’on connaît, de ce qu’on sait, de ce qu’on aime, pour pouvoir apprécier ce qui a devant nous. Apprécier ça veut pas dire forcément aimer, ça sert à rien de dire j’aime ou j’aime pas. Ce qui est intéressant, c’est qu’est ce qui se crée quand je regarde l’oeuvre « Est-ce que ce que je trouve c’est très simple, très pauvre, très riche, ou est ce que ça me rappelle ou cela me fait penser à..? » Et en fait c’est ce dialogue qui est très intéressant. Du coup l’artiste contemporain veut créer des choses chez le spectateur et pas qu’il soit juste dans un état de contemplation, mais dans une interaction où il se pose des questions. Bien sûr il y a une démarche, des messages que l’on peut faire    passer, un univers aussi, implicite ou explicite, en fonction de la démarche. Et si y a une critique, ce serait bien de mettre en perspective ces différents points de critique, de voir, peut -être d’écouter, et d’aller interroger les gens autour de nous et d’avoir un point de vue différent. Bon si on est aguerri et si on maîtrise un peu les différents mouvements, on peut voir des clins d’œils, comprendre différentes techniques, etc…

En ce qui me concerne, au niveau de l’art contemporain, ce que j’aimerais c’est mettre en place une espèce de pratique au niveau du graphisme, ici, et amener justement ce graphisme contemporain en Martinique. Ça sera très dur…mais en tout cas il y a des opportunités même en terme d’exposition. C’est possible.

L’Art contemporain, Martinique ?

Il y a de la ressource, en termes d’artistes, il y a énormément de choses qui se font. Alors bien sûr on peut trier, on peut classifier,  on peut faire tout ce qu’on veut mais avant tout c’est en terme de sensibilité, on peut pas aimé tous les artistes contemporains ou productions contemporaines. Je vois passer des choses, si je compare entre les artistes contemporains mis en avant dans des galeries à Paris, et les artistes contemporains juste ici, je pense qu’on ne doit pas être jaloux de ce qui se fait ailleurs. Au contraire on devrait propulser ces artistes, les mettre en avant, utiliser les réseaux. C’est vrai que l’art contemporain à l’international fonctionne très bien parce que y a des collectionneurs et des acheteurs. Acheter une œuvre c’est aider l’artiste dans sa création, si on achète une œuvre il pourra acheter du matériel et continuer sa démarche. Ici ça n’existe pas ou très peu, en tout cas ceux qui en profitent, qui ont l’opportunité de vendre, sont très peu nombreux et il y a très peu de jeunes artistes qui vendent de mon âge, de ma génération. Il manque de structures, de collectionneurs, de personnes qui s’intéressent, qui apprécient l’art, et qui achètent et qui collectionnent…ce que j’espère aussi.

Votre exposition ?

Du coup on s’est retournés vers d’anciens étudiants du campus caribéens des arts, qui ont toujours une pratique. Et ça a donné cette collaboration avec Ford et Brice. Sur la forme on aime tout ce qui dessin, dessin au feutre, sur papier, le style graphique, Ford et Jérémie travail au feutre sur papier, énormément, Brice travail au crayon, sur le trait (portrait, vision déstructuration d’une vision, retranscription des formes), et un peu au crayon. Et Ford travail sur l’altérité (condition humaine ou transparaît un dépassement de soi, il repousse ses propres limite dans sa création). Et dans le fond on aborde tous des            thématiques qui traite du vivant, de l’homme, avec une certaine forme de fragilité, et en faite au final c’était pour nous au final une façon de remettre en question notre existence. Et ça a été un peu ça le point de rassemblement des quatre artistes.

Je pense que nous sommes en plein dans le contemporain, parce qu’on a une vision assez jeune du monde qui nous entoure, parfois on essaye même de se projeter, de savoir comment ça va se passer ou comment ça va être, on est même dans l’anticipation parfois, de l’environnement, de la façon dont on va percevoir le monde plus tard, ou comment le monde est en train de nous changer. On ramène aussi pas mal l’humain au spectateur, on interagit beaucoup plus avec lui. En tout cas on fait en sorte qu’un échange, un dialogue puisse avoir lieu entre l’oeuvre et le spectateur. On reste assez contemporain même si les outils, les mediums peuvent sembler classique mais on n’hésite pas aussi à détourner, on   n’hésite pas aussi à interpeller, à ne plus rester dans les carcans à représenter un paysage tel quel mais en hésitant pas à avoir un point de vue singulier de ce qui nous entoure, et de ce qu’on veut dire. Et si on commence déjà à remettre en cause ce qui a autour de nous, ça veut dire ce qu’on veut changer. A mon avis je pense que c’est ça être aussi contemporain, ne pas se contenter de ce qui a été fait mais de voir aussi ce qu’on peut apporter.

Que va-t-on voir lors de cette exposition ?

La question est « Qu’est-ce qu’il y  après la mort ? », ben parfois on peut répondre il y a la vie. Par mort on entend fin, par mort on entend cycle. Je vais mourir donc je vais nourrir la terre donc du coup, ça sera un cycle, ou je vais mourir je vais laisser ma place, et cette place va être occupé par je ne sais pas quoi. Ça peut être un organisme ou etc… Notre exposition c’est beaucoup de vivant, cette confrontation à notre   fragilité et à notre vulnérabilité, alors le plus souvent on n’aime pas trop le terme vulnérable mais le fait d’être vulnérable ne veut pas forcément dire que l’on est sans défense, mais que l’on est limité en fait. On se pose des questions sur nos limites, et dans notre création on essaye souvent de le dépasser. La mort est sublimé par la nature mais en même temps il vient confondre ce corps humain avec la nature au final il essaye de nous montrer  qu’il    n’y a pas vraiment de distinction, si ce n’est qu’en apparence   certainement, l’humain reste un fragment de ce qui l’entoure, de ce tout. Si on se et à questionner ce tout on arrive très rapidement vers quelque chose qui n’est plus palpable et qui va vers l’immatériel. On       questionne notre identité.

Le mot de la fin….

Si je suis revenu en Martinique, c’est parce que j’y crois. C’est dans les connexions, dans l’entraide, le partage, dans les transmissions, qu’on arrive, que je suis là, c’est parce-que ceux qui m’ont transmis on    prit du temps avec moi. Là je n’ai même plus de l’espoir mais plutôt j’ai hâte que quelque chose émerge. Je pense qu’il manque quelque chose, et je suis venu, je suis prêt.

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