De la Guadeloupe au Quebec : Le parcours d’une étudiante auteure

Isidan – Lotbô avec Tessa

Tessa Naime est une jeune auteure et étudiante guadeloupéenne de 24 ans au Québec. Installée depuis 2 ans à Sherbrooke, la jeune femme entreprend un Baccalauréat (licence)multidisciplinaire de communication et de traduction. Tessa a d’abord fait une terminal S qu’elle échoue puis une terminal L. Puis elle passe par deux ans de licence de Droit, avant de se rend compte qu’elle ne  pouvait se projeter dans cette filière et décide arrêtée ses études. Durant une année elle écrit 2 romans, et va en Alsace pour obtenir une certification en Science du langage puis part s’installer au Canada. 

Qui est Tessa ?

La jeune Guadeloupéenne est une auteure qui écrit en français et en créole depuis très jeunes et publie son premier ouvrage « De l’Enfer à la vie » au sortir d’une phase compliquée de sa vie en 2016. Elle se décrit comme une fan de musique « Je me lève en musique, j’écris en musique », c’est une personne positive  un brin introvertie , elle est adepte de  la  méditation, et se dit très ouverte d’esprit.

« Je m’intéresse aux talents antillais, c’est important que les jeunes accomplissent des choses. »

(De l’Enfer à la vie disponible en France et dans la Fnac de Petit-Bourg en Guadeloupe) 

Questions réponses 

Pourquoi avoir choisi la communication et la traduction ?

En étant en science du langage j’ai pu apprendre la langue en totalité en faisant de la linguistique, de la rhétorique, en  étudient la morphologie de la langue ainsi que l’histoire de la langue française.  Ça m’a permis de développer mes capacités linguistiques et rédactionnelles. Sans le savoir cette formation me sert encore en communication, mon domaine de prédilection, écrire, partager des informations, surtout au Canada où l’on doit développer la créativité. Je pense me diriger vers un métier de rédacteur en chef ou de traductrice interprète.

Pourquoi avoir choisi le Canada ?

J’ai d’abord choisi le Canada parce que mon frère y vit depuis quelques années. Il me vendait le rêve canadien constamment « tu kifferais le Canada ! » puis je me suis renseignée notamment avec mes connaissances sur place qui m’ont parlé des opportunités professionnelles qu’offrait le pays. Il est plus facile de travailler ici avec un diplôme de type Licence. Le Canada a réellement changé ma vie c’est ici que j’ai commencé à travailler (monitrice pour enfants autistes). Je n’y avais jamais pensé mais en y repensant je me suis rendu compte que je rêvais du Canada, c’est un pays d’art, de culture, et où la créativité est mise en avant, c’est le lieu pour les créatifs instables « Montréal ». Ça apporte une certaine stabilité. Il y a la possibilité de faire des programmes surmesures, par cumul de spécialisation(cumul de certificats aux matières différentes dans son cas).  C’est important d’essayer de se stabiliser en gardant un côté ouvert.

Quel est ton projet professionnel ?

J’aimerais être rédactrice en chef, peut-être traductrice ou interprète. J’aurais bien aimé créer mon propre média mais je pense que si je le fais ça sera en lien avec les Antilles. Pour moi il est important de mettre en place ce côté caribéen, antillais de mettre en avant la Guadeloupe et les Antilles. Ça serait dans ce sens-là.  Je vois des journaux préexistants qui m’intéressent et ils sont toujours dans les mêmes domaines, des médias, de la culture et de la diversité.

De quoi traite ce premier roman ?

Il faut savoir que je l’ai écrit à la suite d’une dépression. C’était un moment où j’étais déconnectée socialement durant ma deuxième année de droit au Campus de Fouillole.  J’étais renfermée et je vivais ça assez mal, ce à quoi se sont   rajoutés mes soucis de santé et d’autres  au sein de ma famille. Je me suis rendu compte que c’était l’écriture qui manquait à ma vie parce que l’écriture m’avait toujours permis d’extérioriser. Le fait de ne pas écrire ne me permettait pas de me décharger, c’est le sujet du livre. Pourquoi vit-on une dépression ? Comment en sortir et quel message en tirer ?

Comment as-tu publié tes premiers romans ?

J’ai publié les premiers romans sous format papier. Pour publier le premier roman je suis passée par un éditeur (éditions du Panthéon, Paris). J’ai écrit le deuxième 4 mois plus tard, mais ça ne laissait pas le temps au premier roman de se développer et d’être connu, même s’il était assez connu du public antillais, il n’avait pas le temps de faire son chemin.  J’ai publié  7 lettres en autoédition par la suite.  

Comment cela s’est-il passé ?

En autoédition cela se passe bien, il n’y a pas la marge de l’éditeur. Mais je le ferais rééditer par une maison d’édition.

Peux-tu expliquer les étapes conduisant à la publication d’un livre ?

Ça commence par l’envoi de son manuscrit à une ou plusieurs maisons d’édition comme le font les jeunes auteurs. Dans mon cas De l’Enfer à la vie  j’ai envoyé mon manuscrit aux Editions du Panthéon qui m’ont répondu et m’ont envoyé une proposition de contrat.

Dans les termes du contrat certaines maisons d’éditions peuvent demander une participation financière à l’auteur pour contribuer à la publication du livre. D’autres maisons publient directement le livre en prenant tout en charge. C’est la distinction entre maisons d’Edition à compte auteur et maisons d’Edition à compte éditeur.

Néanmoins dans le cas des éditions à compte Éditeur, l’éditeur a une redevance plus importante. Par exemple sur le prix de vente l’auteur peut ne toucher que 12 % du prix de vente. Dans le cas des Éditions à compte auteur le partage peut aller jusqu’à du 50-50.

Après l’envoi du manuscrit, corrigé et rédigé, les éditions répondent généralement dans les 2 à 3 semaines. Il y a des éditions qui ne répondent jamais. Mais ce temps d’attente s’explique par le fait que le manuscrit est lu par un comité de lecture qui décide s’il répond à leur ligne éditoriale. Puis ils envoient une proposition de contrat à l’auteur.

Après cette étape s’établit ce que j’appelle la relation auteure/ éditeur, c’est le moment où l’on édite le livre.  Il y a plusieurs étapes comme l’envoi des « épreuves » avec des corrections et des rajouts puis la publication. 

As-tu des antécédents d’écrivains dans ta famille et qui sont tes inspirations ?

Je n’ai pas antécédent d’écrivain mais mon grand-père était un homme de lettres comme on disait à l’époque, il travaillait à la prison de Basse-Terre. Je n’ai pas été poussé à écrire et je lisais beaucoup aussi. J’ai commencé à lire des trucs d’adulte assez tôt, du genre policier, horreur, j’aime lire de tout. Ce qui m’a vraiment poussé c’est le fait d’avoir gagné un concours de poème à l’école, j’avais 7 ans.  (Au Pensionnat de Versailles en Guadeloupe)

À 11 ans j’ai rédigé ma première nouvelle, policier/horreur, assez éloignée de ce que je fais maintenant.

Quels sont les auteurs qui te passionnent ?

Je me suis intéressée au travail d’une auteure allemande assez peu connue en Guadeloupe ou même en France, Shere Hite.  Elle s’intéresse à la place de la femme dans la société. Mais j’avoue ne plus lire autant qu’avant et écrire plus. Sinon  je n’ai pas d’auteur préféré.

Combien de temps te prend la rédaction d’un roman ?

Les deux premiers ont été rapide, De l’Enfer à la vie m’a pris 5 mois de rédaction, 7 lettres environ 4 mois, j’étais vraiment dans une période de créativité intense. Mais Fanm sé lanmou m’a pris 6 à 7 mois pour l’écrire et le recommencer. Celui que j’écris en ce moment je pense le terminer en janvier.

Quels sont les retours que tu as eus par rapport à tes romans ? Qui est ton public ?

Ce qui me surprend c’est que mes romans soient autant lus par des jeunes comme moi que par des plus jeunes et des adultes. Ça me fait plaisir et puis je pense que mes  parents jouent un rôle là-dedans avec leurs entourages (rire) donc tout le monde cherche à me lire.

Pour mon premier roman j’ai eu un peu de mal avec les retours, non pas qu’ils aient été négatifs mais les gens me racontaient leurs vécus et je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de gens qui vivaient une dépression autour de moi. J’ai toujours un petit pincement au cœur quand je relis les messages que l’on m’envoie parce que les gens sont vraiment explicites et cherchent réellement à se confier. C’est dans ces moments que se créer une relation auteur/ lecteur.   7 lettres a été moins lu car j’ai moins fait sa publicité et je suis rapidement passée à autre chose. Pour Fanm sé lanmou c’est différent, il faut souvent rappeler l’éditeur car la Fnac est en rupture de stock. Ça me fait très plaisir parce que les gens ne se contentent pas uniquement de lire, ils me contactent et m’envoient des messages super-émouvants. Pour ce livre romantique et érotique les adultes s’étonnent « Ouais tu écris du sexe comme une grande personne !».

Te vois-tu vivre de tes livres ?

Franchement je ne me vois pas en vivre, ce n’est pas du pessimisme. Le fait de vivre de ma passion n’est pas ma priorité, c’est vraiment un métier où je vois autre chose. Etant déjà assez introvertie si je faisais ça constamment, je risquerais de péter un câble (rires). Je préfère avoir un autre métier, être dans la vie active et m’intégrer socialement.

Es-tu en contact avec d’autres jeunes auteurs caribéens au Québec ou ailleurs ?

Je suis de plus en plus en contact avec de jeunes auteurs, notamment en Martinique, et également avec un auteur de France dans le cadre d’une future collaboration. Et puis je suis en relation avec une jeune auteure haïtienne à Montréal, Vanessa François qui vient de publier un roman dans lequel je me suis investie.

Pour finir, te vois-tu revenir travailler dans les Caraïbes, une maison d’édition peut-être ?

J’adore le Canada mais je pense qu’en tant que jeune auteure j’ai aussi le devoir de me rapprocher de mon île et de la Caraïbe, je cherche le bon compromis. Pour moi il est important de revenir apporter des choses à la Guadeloupe. Une maison d’édition j’y pense, j’aime bien ce monde et la littérature caribéenne à besoin d’être plus promue.  Cela serait quelque choses de bien pour les Caribéens, pour mon peuple. 

Des conseils à donner ?

Il faut se lancer, ne pas se laisser submerger par les doutes et les incertitudes, se donner les moyens et foncer. Utiliser le Canada comme une étape pour se former, se faire des contacts et pourquoi pas mieux revenir sur son île !

 Vous pouvez suivre la  talentueuse Tessa Naime sur ses comptes Facebook, Instagram ainsi que sur son blog !

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